Lixus

Histoire de la recherche à Lixus

Devis des travaux réalisés à Lixus par C. Luis de Montalbán , juin-août 1935. Devis des travaux réalisés à Lixus par C. Luis de Montalbán , juin-août 1935. Crédit : Archives C. Luis de Montalbán, conservée par sa nièce Mabel de Montalbán (Algéciras, Espagne).

La découverte du site de Lixus est attribuée au docteur et voyageur allemand Heinrich Barth, qui signale pour la première fois ses ruines en 1845 (Barth, 1849). Le diplomate français Charles Tissot lui consacre une description très détaillée : « Barth n’a pas exagéré les difficultés qui s’opposent à une exploration des ruines de Lixus. La plus grande partie de l’area de la cité antique n’offre qu’un épais fourré de caroubiers, de myrtes, de lentisques et d’oliviers sauvages qu’un lacis de ronces et de lianes achève de rendre absolument impénétrable sur plusieurs points. Ce n’est pas sans peine que j’ai réussi à suivre la ligne entière des murs et à traverser l’enceinte dans deux directions différentes » (Tissot, 1878, p. 205-206 ». Le même auteur décrit les murailles de la ville et tente de localiser son port, le fameux jardin des Hespérides et l’autel d’Hercule (Tissot, 1878). En 1895, le vice-consul d’Espagne à Larache rédige plusieurs notices concernant le site (de Cuevas, 1883). Les premières fouilles sont l’œuvre d’Henri Poisson de La Martinière, diplomate, explorateur et archéologue français, qui dresse le premier plan du site sur lequel il localise les monuments qui étaient visibles Son travail donne lieu à plusieurs publications ; il relève notamment : « Lixus offrait un admirable spécimen de murailles aux assises colossales ; entrevues par Barth, elles ont été, qualifiées par lui de phéniciennes » (La Martinière, 1897 ; 1898, p. 321). Parmi les objets qu’il découvre, on peut citer une inscription en langue punique, disparue aujourd’hui (Février, 1966). Durant l’époque du protectorat espagnol au nord du Maroc, César Luis de Montalbán, chef du Services des Antiquités dans la région, engage des travaux de terrain entre 1925 et 1935. Il délimite le périmètre du site et découvre quelques objets de grande valeur tels le masque en bronze du dieu Océan et le puisoir chypriote également en bronze. Ses principales interventions, qualifiées aujourd’hui d’hâtives et désordonnées, s’intéressent surtout au quartier industriel, aux nécropoles et à une partie du complexe palatial où il a identifié le forum. Ses écrits dactylographiés, ses dessins et ses croquis, dont une grande partie est conservée aux Archives du musée archéologique de Tétouan, sont restés peu utilisés par les chercheurs contemporains (Montalbán, 1923 ; 1925 et 1927). En 1948, la désignation de Miquel Tarradell à la direction du Service de l’archéologie au nord du Maroc constitue le point de départ de travaux basés sur une méthodologie moderne et des techniques éprouvées. L’archéologue élargit alors les secteurs fouillés et réalise plusieurs sondages stratigraphiques dans des zones pertinentes. Tarradell réussit, le premier et matériel à l’appui, à établir une chronologie précise de l’histoire du site, à partir de l’occupation phénicienne. Il met en évidence quelques maisons à péristyle dont les pavés sont ornés de belles mosaïques et d’autres objets d’une grande valeur historique (statues en bronze, sphinx en marbre). Ses travaux, particulièrement bien documentés (cartes, dessins et photographies) restent très utiles de nos jours (Tarradell, 1954 ; 1955 et 1959).

Avec l’indépendance du Maroc, Michel Ponsich, le nouveau responsable du Service des Antiquités au nord du Maroc, poursuit, d’abord en compagnie de Tarradell, l’étude du quartier industriel, puis se charge seul de la fouille de l’acropole où il identifie plusieurs temples et de celle du « théâtre-amphithéâtre » (Ponsich, 1982). Ces travaux se poursuivent jusqu’à la fin des années soixante. Dans les années 1980, Mohamed Habibi, conservateur du site de Lixus, entreprend l’étude du matériel archéologique déposé au Musée de Tanger (Habibi, 1995). La recherche à Lixus est marquée par l’organisation en 1989 d’un colloque international qui relance une dynamique féconde, fédérant des chercheurs d’horizons disciplinaires et institutionnels variés (Lixus, 1992).

 

(Mohcin Cheddad, mai 2023)

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